oct 032013
 

« Je ne sais pas comment nommer le sexe de ma fille. Moi, en fait, je n’ai aucun mot pour appeler mes organes sexuels. Je ne les désigne pas. J’ai consulté mes copines, qui me suggèrent zézette, ou cerise. J’avoue que je ne suis pas convaincue. Pourtant, je ne veux pas en rester là : j’aimerais que ma fille puisse avoir un mot pour désigner son sexe. Que me conseillez-vous ? »

 

1. Nommer pour aimer

Dans de nombreuses familles, comme c’est votre cas, on n’a pas de mot pour désigner le sexe des filles. Pourtant, vous pressentez que c’est important, et je suis d’accord avec vous. En effet, avoir des mots pour désigner, c’est apprendre à connaître, et apprendre à aimer. Je constate que bien des filles :

– n’ont pas de nom pour désigner leur sexe (ben non, madame, je dis rien)

– ne connaissent pas leur sexe (ah bon ? il y a 3 trous ?)

– n’aiment pas leur sexe (beurk, madame, c’est dégoûtant !)

 

Je pense à ces mots poétiques de Christian Bobin : « L’autre jour, j’ai vu un oiseau magnifique dont j’ignorais le nom. J’ai vu ce manque : il était aussi grand que la beauté que je voyais. C’est attristant d’ignorer le nom de ce qu’on aime. C’est un rien de mélancolie pure. Quand on le connaît, le nom vient se poser délicatement dans notre esprit comme un oiseau sur notre main. Nommer ce qu’on aime, c’est l’aimer encore mieux, c’est un surcroît d’amour, et c’est ce que j’essaie d’apprendre aujourd’hui. » (La lumière du monde)

 

2. Les mots familiers pour désigner le sexe des filles

Vos amies vous suggèrent des mots familiers comme zézette ou cerise. Voici bien d’autres mots familiers que j’entends, pour désigner le sexe des filles. Et ma liste n’est pas exhaustive.

– Dans certaines familles, on dit : lune, nénette, foufoune, kiki…

– Dans le registre animal, j’entends aussi : minou, mounette, minette, hérisson, marmotte. Souvent d’ailleurs, les adolescents que je rencontre dans les écoles, qui n’ont pas entendu d’autres mots, utilisent « chatte ».

– Puis vous avez tous les fruits possibles : abricot, prune, cerise, fraise, framboise…

– Ajoutons, pour les écolos, la veine végétale : rose et nénuphar.

 

Vous pouvez utiliser à la maison un mot charmant, poétique, rigolo, évocateur, avec lequel vous êtes à l’aise. Votre fille l’apprendra avec plaisir. Les enfants apprécient beaucoup d’apprendre à nommer le monde, et les parties de leur corps. Mais n’en restons pas là…

 

3. Marquer la différence anatomique par des mots différents

Dans ma famille, je me rappelle qu’on disait « zizi », pour les filles comme pour les garçons. Sans le savoir, on faisait dans l’égalité ! Mais je crois que j’aurais apprécié un mot différent, pour désigner le sexe des mes frères et le mien.

Je vous invite à utiliser un mot différent pour désigner le sexe des garçons et celui des filles.

 

Je me rappelle par ailleurs qu’en Inde, où j’ai exercé mon métier quelques années, on dit joliment « yoni » pour désigner le sexe des déesses. Mais c’était pour les déesses. Car malheureusement, au quotidien, les petites filles désignaient leur sexe par le mot « sousou » (c’est-à-dire « pipi ») ou bien, plus attristant, par le mot « shame-shame » (c’est-à-dire « honte-honte »).

Je pense qu’il est très important pour une petite fille, déjà vers 2-3 ans, d’entendre, puis de dire un mot pour désigner les organes sexuels positivement :

1.  sans mélanger la fonction urétrale -faire pipi- et la fonction sexuelle… puisque les filles ont la particularité d’avoir des organes différents pour les deux fonctions !

2. en désignant ce qu’elle a plutôt que ce qu’elle n’aurait pas. Evitons le : « Toi, comme tu n’as pas de pénis, tu as un trou ». Les filles seraient des sans-zizi, des trouées, des évidées ?  Non !

 

4. L’enjeu ? Rendre son enfant bilingue

Et pourquoi ne pas s’emparer aussi des mots scientifiques, des mots savants qui désignent le sexe des femmes ? Pourquoi ne pas s’approprier des mots tels que vulve, lèvres, vagin ou clitoris ? Encore une fois, des fillettes peuvent apprendre sans gêne ces mots-là dès la maternelle. C’est notre gêne d’adulte qui est un frein à l’apprentissage, pas celle des enfants.

 

A mon sens, même si on choisit un mot familier à la maison pour désigner le sexe des filles, il est important de rendre nos filles bilingues : qu’elles connaissent les mots familiers ET les mots officiels. Pourquoi ?

1. Ces mots sont à nous, ils sont pour nous !

2. C’est utile pour comprendre le monde, et son corps, de connaître les mots que certains adultes, que les médecins, ou que les livres utilisent.

3. Elles pourront utiliser ces mots pour poser des questions.

En effet, en séances d’éducation à la sexualité, je remarque que les filles sont gênées de ne connaître qu’un mot familier. « Madame, j’ai besoin de savoir le vrai mot pour poser mes questions ».

Rendons donc nos filles bilingues…

 

 

 

  6 réponses to “Comment appeler le sexe de ma fille ?”

  1. Nous les mec des banlieu on appelle sa la chatte , la chou ne ou la teub des filles

  2. Quand mes filles étaient petites, j’ai choisi le mot vulve. Elles l’utilisaient sans gêne mais ce n’était pas le cas de leurs grand-parents ou des adultes de l’école.
    La belle-mère de ma fille a appris « petit minou » à ma petite fille qui semble s’en satisfaire, je l’utilise aussi pour ne pas mettre la pagaille, c’est poétique, mais…?
    Souvent les adultes compliquent tout. Je me souviens de ma grande qui avait souvent des traitement par suppositoire et avait horreur des taches grasses dans ses petites culottes, l’odeur d’eucalyptus, oui, les taches, non. Comme elle avait remarqué les protège slip dans la salle de bains et m’en avait demandé l’utilisation, nous avons convenu qu’elle aurait le droit de les utiliser dans ces cas là, avec droit d’en changer autant que de besoin. A l’école elle s’est fait rendre à partie par une ATSEM, fort compétente par ailleurs, on lui a enlevé « la chose » avant qu’elle ait servi à ce que de droit et ma fille est rentrée avec la honte des taches au fond de la culotte et celle d’avoir entendu les adultes remettre en question de choix familiaux »quelle idée elle a eu sa mère, on ne met pas ça à une gosse ».
    merci pour ton site, Chantal

  3. Merci pour cette article. Il est bien vrai qu’on aime mieux ce que l’on nomme.

  4. Dans notre famille, on parle des « petites fesses de devant », et du « petit trou des bébés »
    et j’insiste toujours pour dire que c’est un endroit fragile, chaud et doux, et qu’il est à préserver et respecter.
    Merci pour cet article, car nommer fait aussi exister, et on ne peut aimer que ce que l’on connait…

  5. Moi personnellement j’appel sa kika pour ma fille et kiki pour mon fils. Ils savent différencier les deux et c’est minion par rapport a ce que j’entend étant professeur en maternelle. Un enfants de 3 ans qui nous dit que son trou es plein de pisse sa choques quand même.

  6. Moi comme j ai pas eu d idée j ai décider de appeller sa foufoune ou foufounett

 Réagir

(requis)

(requis)