mar 172015
 

Mon fils Léon a 9 ans 1/2, et il n’en loupe pas une avec ses questions-pièges. Nous parlions entre adultes d’un film où une fille se fait violer, et il nous a entendus. Du coup, il a demandé ce que c’est qu’un viol. Je lui ai répondu que c’est « faire très très très mal à quelqu’un ». Il voulait en savoir plus: « Mais comment? ». Mon mari m’a suggéré de lui dire que « c’est forcer à embrasser ». Personnellement, je pense qu’il est trop jeune et trop sensible pour savoir réellement ce qu’est cette horreur que le viol. Mais il est curieux, il insiste. Je lui ai donc dit que je réfléchirai à sa question, et lui répondrai quand j’aurai trouvé les mots justes pour lui.

 

1. Question-piège ou question-cadeau?

Je vous suggère de vous réjouir de la question de Léon. Ce n’est pas une question-piège, c’est une question-cadeau. Bien sûr, elle vous force à aborder un aspect de la sexualité qui est dur, qui est violent. Mais cette question manifeste la confiance que Léon a en vous (un enfant peut très bien garder sa question pour lui pendant des années), et ce partage va nourrir la confiance entre vous.

« Léon, je voudrais répondre à ta question sur le viol, qui est une question très importante. Une question de grand. Tu as bien le droit de la poser… même si j’ai eu besoin d’un peu de temps pour te répondre. »

 

2. Vol et viol

« Il y a deux mots qui se ressemblent fort : vol, et viol. Est-ce que tu peux m’expliquer ce que c’est que voler? Oui, c’est prendre quelque chose qui appartient déjà à quelqu’un, on peut dire ça. Eh bien, violer, c’est une forme de vol, très grave: c’est prendre, voler à quelqu’un son intimité. Sans qu’il ou elle soit d’accord.

Tu veux savoir comment? Par exemple, ça peut commencer par forcer l’autre à embrasser, à se mettre nu, à toucher ses organes sexuels… et le viol, à proprement parler, c’est forcer l’autre à avoir un rapport sexuel. Parfois on l’oblige par des paroles, des menaces, ou aussi par une arme. Comme tu le vois, le viol, c’est une forme de violence grave. Le plus souvent, les victimes en sont des femmes, et les violeurs sont des hommes. Malheureusement, cela peut arriver à des enfants aussi.

En fait, ça m’attriste (ou ça me met en colère) de te parler de ça. Je trouve qu’être amoureux, vivre des relations sexuelles, c’est magnifique, quand on en a le désir tous les deux. Etre d’accord à deux, ça s’appelle le consentement. Et le viol, c’est exactement l’inverse du consentement, l’inverse du respect.

Maintenant que je t’explique, Léon, tu comprends? Tu en avais déjà entendu parler ? Qu’en penses-tu? »

 

3. Le viol est puni par la loi

« Je voulais te rassurer aussi sur une chose. Le viol est puni par la loi. En France, on peut faire 15 ans de prison, ou plus. Pourquoi? Parce que:

– c’est normal d’avoir des sentiments pour quelqu’un,

– c’est normal d’être attiré par le corps de quelqu’un,

– c’est même normal d’avoir envie de faire l’amour, et c’est bien…

mais la loi INTERDIT d’obliger quelqu’un à faire des choses sexuelles qu’il ou elle n’a pas envie de faire. La loi souhaite protéger notre corps à chacun. Si jamais une personne est violée, elle peut se plaindre à la police pour qu’on puisse arrêter et juger son agresseur. Cela permet aussi que l’agresseur ne s’attaque pas à d’autres personnes.

Et si on voit, dans la rue, une personne qui semble faire violence à une autre, qui semble vouloir la violer, à ton avis, que peut-on faire ? Oui, crier pour attirer son attention, avertir d’autres adultes, vite téléphoner à la police… Quand on est plusieurs, on est plus forts. »

 

4. Toujours en parler

« Souvent, malheureusement, les victimes se disent : « Je ne vais pas me plaindre, on ne va pas me croire » ou alors « Personne ne peut m’aider » ou encore « Peut-être que c’est de ma faute? ». Que penses-tu, toi : est-ce de la faute de la personne qui a été violée?

Non, bien sûr, mais comme elle est blessée dans son cœur, elle a besoin d’un soutien solide. Elle a besoin qu’on puisse la croire et l’accompagner. Ce qui est important, c’est qu’elle ne reste pas seule avec un secret, un sentiment de honte parfois, au fond d’elle-même : en parler, ça peut l’aider. A qui, à ton avis, peut-elle en parler? Oui, à un-e ami-e, à un docteur, à quelqu’un de sa famille, à une association.

Et heureusement, même si on a été victime d’un viol et qu’on garde dans son cœur comme la cicatrice de ce viol, on peut quand même, après un accompagnement, mener une vie heureuse.

Voilà bonhomme, ce n’est pas un sujet facile pour moi. Et toi, comment te sens-tu ? tu as d’autres questions? »

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