INA podcast sur le programme EVARS
Les cours d’éducation sexuelle sont obligatoires du primaire au lycée depuis 2001. Un nouveau programme EVARS d’éducation sexuelle est sorti en 2025, mais que contient-il? Est-il vraiment appliqué? Maëlle Challan-Belval répond à ces questions au micro de Théophile Cossa, journaliste INA pour le podcast « Le temps de l’Actu« , en duo avec Gurvan Le Guellec, journaliste éducation au Nouvel Obs.
Le nouveau Programme EVARS vient d’un besoin des jeunes
Oui, c’est intéressant et étonnant d’entendre ces adolescents et leurs besoins. C’est ça qui me marque, c’est leurs besoins réitérés, redits. En fait, l’éducation affective et sexuelle ne vient pas d’abord d’un programme. Elle vient d’un besoin et un besoin qui vient du bas, un besoin qui vient des élèves eux-mêmes. C’est une des premières choses que les adultes pourraient peut-être mieux comprendre. C’est pas d’abord une institution, un débat politique, c’est un besoin des jeunes.
Pourquoi la loi de 2001 n’a pas été appliquée?
Je pense qu’on était loin du compte parce que les adultes, un peu comme vous le disiez tout à l’heure, ne s’étaient pas eux-mêmes harmonisés, mis d’accord. La communauté éducative n’avait pas été vraiment mobilisée et encore aujourd’hui pas formé pour intervenir sur ces sujets. Donc un certain nombre de freins étaient là. Heureusement peut-être, en une vingtaine d’années, il y a eu une maturation sociale autour de ces sujets. Il y a #MeToo, il y a le procès de Mazan, il y a les écrans. Et donc une mobilisation qui je pense, aujourd’hui, a beaucoup plus de sens pour les adultes.
Que contient le Programme EVARS pour le 1er degré?
Alors, il est très dense. Mais pour donner quelques grands thèmes qui sont abordés, on travaille en maternel sur le respect du corps, le respect de ce qu’on appelle l’intégrité physique, c’est-à-dire: « Ton corps t’appartient, il est à toi et il y a des lois qui protègent le corps des petits et des grands ». Et puis on apprend aux enfants aussi tout ce qu’on appelle les compétences psychosociales, c’est-à-dire la manière d’entrer en relation avec les autres. Donc c’est une éducation, une réflexion sur le corps, sur les lois qui protègent le corps et aussi sur la manière d’entrer en relation avec les autres et de se positionner entre garçons et filles dans la classe. Il y a ce gros socle dans le 1er degré. Avec un focus en CM1 CM2 sur la puberté, les changements dans le corps et puis qu’est-ce que c’est que l’adolescence ? Comment je vois venir cette adolescence ? Est-ce qu’elle m’inquiète ? Est-ce qu’elle me réjouit ? Comment m’y préparer ?
La réalité de terrain, c’est que de nombreux enseignants du premier degré parlent déjà du corps, parlent déjà des amitiés, parlent déjà de la jalousie, parlent déjà des disputes et de la manière d’entrer en relation les uns avec les autres. Ils ont besoin de formaliser davantage une pratique qui est une pratique souvent partiellement déjà advenue par exemple la mixité garçons-filles est un sujet de travail. Ce qu’on fait dans la cour, les jeux des uns et Toutes ces questions-là sont déjà explorées, mais d’une manière pas forcément organisée avec un un vrai suivi, une vraie progression et c’est ce que le programme va permettre dans le premier degré.
Et au collège?
On continue sur les mêmes thématiques mais avec la compréhension d’un jeune adolescent, c’est-à-dire le respect du corps à la fois dans la puberté, dans les relations garçon-filles, la notion de consentement qui va aller jusqu’en terminale. Qu’est-ce que sont des relations amicales saines ? Qu’est-ce qu’une relation abusive, une relation d’emprise ? Les relations garçon-filles, l’estime de soi, tout le travail aussi sur l’image du corps et l’esprit critique par rapport à l’imprégnation médiatique. Qui sont tes influenceurs ? Quels sont tes modèles ? Comment tu te construis dans ton corps, dans ta réflexion, dans ton idée sur la sexualité par rapport à tous ces sujets-là. Et évidemment, il y a un volet aussi prévention des violences sexuelles, mais prévention aussi autour de la contraception et de ce qu’on appelle la responsabilité sexuelle: être responsable des pratiques sexuelles dans lesquelles tu t’engagerais potentiellement aujourd’hui ou demain.
Le programme n’est-il pas trop dense pour se faire en 3 séances?
Le programme est très dense et je ne pense pas que le contenu rentre dans trois séances. C’est pour cela que cette porte est ouverte: « Faites au minimum trois séances qui soient balisées, qu’on puisse reconnaître, qu’on puisse identifier et puis déployez. »
Pour cela, dans le second degré, on encourage les enseignants à développer l’interdisciplinarité, la transversalité qui culturellement n’est pas tout à fait une manière de travailler de certains enseignants. Finalement, on invite chaque enseignant, quelle que soit sa discipline, à réfléchir sur la manière dont il peut s’approprier une notion du programme et la rejouer dans son enseignement.
Au lycée, qu’aborde-t-on dans le programme EVARS?
Quand on est au lycée, on axe beaucoup sur la prévention des violences sexistes et sexuelles. À nouveau, le consentement, mon rapport à la fête, ma manière de consentir ou pas. Si finalement on est dans un espace où j’ai pas toute ma raison et on réfléchit évidemment beaucoup sur les discriminations et le respect des minorités.
Cette transmission, cela ne s’improvise pas!
Cela ne s’improvise pas car chacun de nous, on est fait de notre propre pâte, on est fait de notre histoire, de notre culture, des tabous parce que quand on a 30, 40, 50, 60 ans, on n’a pas forcément bénéficié de mots. Même dire vulve, pénis, masturbation… ces mots parfois n’ont jamais été prononcés dans l’enceinte de la classe dans laquelle on est. On a presque l’impression que ce sont des « premières fois » et ces adultes ont besoin de vivre des temps de formation entre adultes, entre eux, pour se positionner, s’entraîner et finalement ne pas tomber dans le piège qui est de témoigner.
Certains enseignants, quand ils ne sont pas très formés et qu’un ado leur dit: « C’est quoi le bon âge monsieur pour la première fois ? » sont pris de court. Ne sachant pas quoi faire, ils répondent avec leur expérience personnelle. Ce n’est pas son job. Pour les enseignants, l’enjeu c’est d’avoir une posture professionnelle sur ce sujet qui soit saine par rapport aux jeunes, et pas dans un coming out individuel, ou des avis genre café du commerce.
Date : 1 Nov 2025
Source : https://www.youtube.com/watch?v=xVQousOIAJw
